Les origines de Big Jim | Terra Reporter Découvertes
Big Jim | Terra Reporter Découvertes

C’est en 1959 que Ruth et Elliot Handler, les fondateurs de Mattel révolutionnent l’univers des jouets pour filles. Ruth croit dur comme fer au succès de Barbie, la première poupée au corps de femme adulte, qui lui a été directement inspirée par la pin-up Bild Lilli, mascotte sexy produite dès 1955 à l’initiative du journal allemand Bild, d’après l’héroïne de sa bande dessinée vedette, « Lilli ».

Ruth Handler demande à l’ingénieur Jack Ryan de reproduire la poupée Lilli tout en l’améliorant techniquement. Son travail aboutit à un dépôt de brevet en Juillet 1959, première étape d’une série d’innovations telles que les articulations des bras et des jambes cachées sous une peau souple en vinyle (brevets déposés en 1966). Et comme Ruth Handler l’avait pressenti, Barbie rencontre un accueil triomphal. Accaparé par ce succès phénoménal, Mattel n’a guère le temps de s’intéresser aux figurines pour garçons. Ken, le fringant fiancé de Barbie, n’es pas conçu pour les aventuriers en culottes courtes. Il ne songe qu’à jouer au tennis ou à se promener main dans la main avec son amoureuse. Le cauchemar absolu pour les durs à cuire de dix ans !


Cinq ans plus tard, Hasbro crée le soldat articulé GI Joe, aussitôt adopté par des millions de fans. Le marché de la figurine articulée pour garçons (le terme de « poupée » est soigneusement banni) se développe rapidement. D’autres personnages apparaissent, tels le Captain Action aux panoplies qui lui permettent de se transformer en superhéros de Bande Dessinée (Superman, Batman, Flash Gordon, Spiderman, etc.) et le cow-boy Johnny West. Ruth et Elliot Handler, les fondateurs de Mattel, son conscients d’avoir raté une occasion d’occuper ce créneau. Ils tentent une première contre-attaque en 1967 avec la superbe gamme dédiée au Major Matt Mason, parti mener une série de missions sur la Lune avec le Sergent Storm, et les astronautes Doug Davis et Jeff Long. La petite figurine souple de 15 cm est dotée d’une armature de fil de fer et d’accessoire et d’accessoires spectaculaires (une base lunaire, un char tout terrain muni d’un treuil, inspirés des prototypes de la N.A.S.A.) Mais comme le déplore Bill Ison, du département du marketing de Mattel, aucune histoire n’a été développée autour de ces personnages. L’enthousiasme soulevé par la course à l’espace qui oppose les Etats-Unis et l’U.R.S. S atteint son apogée le 20 juillet 1969, lorsque Neil Armstrong sort du module lunaire et pose le pied sur la surface de notre satellite. Le plus grand exploit du XXe siècle est accompli. Mais les paysages gris et mornes que donnent à voir les photos de la N.A.S.A. n’ont rien en commun avec les splendides illustrations des années 1950 et 1960 qui décrivaient la conquête de la Lune, puis la construction des bases permanentes sur place. On cherche en vain les grandes montagnes pointues, les cratères géants aux crêtes aussi hautes que des falaises, les canyons imaginés par des artistes de science-fiction… Au fil des missions Apollo l’intérêt du public pour les exploits des astronautes s’émousse : les audiences des retransissions télévisées baissent : tout comme les chiffres des ventes de la gamme Matt Mason. Ruth et Elliot Handler mettent un terme aux aventures du Major en 1971, et lancent un deuxième projet, la gamme des plongeurs Sea Davils, articulés comme Matt Mason grâce à des armatures de fil de fer placée dans des corps en vinyle souple. L’équipe des Sea Davils est formée par le Commandant Chuck Carter et son partenaire Rock Riley. Ils Sont équipés de luges sous-marines (fonctionnant avec piles et capables d’avancer sous l’eau) et explorent les océans Ils rencontrent ainsi un « mystérieux être des abysses », Kretor, dont la monture et Zark, un animal qui ressemble à la fois à une orque et à un requin et dont les mouvements de propulsion sous l’eau sont obtenus en « remontant » un mécanisme fonctionnant avec des élastiques. Malheureusement, ces personnages et ce thème aquatique ne réussissent pas à concurrencer efficacement GI Joe, qui est tout à la fois soldat du passé et du présent, astronaute, scaphandrier, plongeur, agent secret et explorateur… Il faut donc tout reprendre à séro et inventer une nouvelle gamme au potentiel beaucoup plus vaste.


A l’époque, le développement de nouveaux jouets chez Mattel implique trois départements distincts. Il y a d’abord celui des Designs préliminaires, qui invente les concepts de base en explorant de nombreuses idées créatives, puis celui de Recherche et développement (ingénierie=, qui transpose ces concepts techniquement afin d’obtenir des produits solides, qui fonctionnent bien, et dont on puisse lancer la production industrielle, et afin celui du marketing, qui met au point la stratégie de présentation de cette nouvelle gamme et trouve les idée permettant d’assurer la promotion la plus efficace possible. Derek Gable fait partie du département des Designs préliminaire et Tony Miller de celui de Recherche et développement sous l’autorité de Ralph Stewart (Miller est impliqué dans la saison de lancement de Big Jim et dans la suivante, puis il changera de fonction pour passer au département du Marketing, dirigé par Peter Pimer). Steve Lewis, l’un des responsables du design de Mattel, et le directeur Bill Ison s’attaquent une nouvelle fois au problème de la création d’une figurine pour garçons en 1970. Ils sont conscients qu’il leur faudra faire preuve de beaucoup d’originalité pour réussir à détrôner GI Joe.


Lewis décide donc de relever les points faibles du concurrent. Premier « défaut » d’un GI Joe, sa taille de 30 cm, qui contraint Hasbro à fabriquer des véhicules et des accessoires énormes, plus cher à produire et à expédier, et qui occupent beaucoup de place dans les rayonnages des magasins de jouets. Le prototype Mattel sera plus petit : 24 cm seulement. GI Joe est très bien articulé, et dispose de panoplies détaillées, mais lorsqu’on lui retire ses vêtements, on découvre un tronc schématique et des membres dont les articulations dotées de rivets métalliques évoquent l’aspect d’un robot. Voilà un bon angle d’attaque, songent Lewis et l’équipe des créatifs du département des Designs préliminaires : il faut créer un personnage au corps parfait. Ken, le fiancé de Barbie, a hérité d’une silhouette plus lisse que GI Joe, mais sommairement articulée. Jurgis Sapkus, artiste et inventeur qui travaille pour Lewis au sein du département Design, développe depuis quelque temps un concept inédit : il a fabriqué une figurine test recouverte d’une peau en latex. Sous le caoutchouc de teinte chair, de mécanismes se déploient en fonction des mouvements du corps et créent l’illusion que les muscles se contractent. L’effet le plus spectaculaire est celui du biceps qui gonfle quand le bras est replié au niveau du coude.