Accueil
Rétro | Terra Reporter


Naissance d un phenomene | Terra Reporter

Mario Daniel Jacques Filippaki, dit Daniel Filipacchi, le 12 janvier 1928 dans le 14e arrondissement de Paris, est le président d’honneur d’Hachette Filipacchi Médias, dont il a fait le plus grand éditeur de presse magazine dans le monde. Il est le fils de l'éditeur Henri Filipacchi. Sa vie et sa carrière se sont constituées autour de ses passions : le jazz, la photographie et l‘art. On se souvient surtout de l’animateur de l’émission de radio Salut les Copains, et de l’ancien photographe qui a acheté un Paris Match déclinant pour en faire l’un des magazines français les plus prisés et innovants. Pendant des années, il a développé l’empire de presse Hachette Filipacchi. Il était également reconnu comme l’un des plus grands experts et collectionneurs de l’art surréaliste dans le monde. Sa collection a fait l’objet d’une importante exposition au musée Guggenheim à New York en 1999.

Fiche express

  • GENRE : JEUNESSE
  • CRÉATION : GTANK TENOT ET DANIEL FILIPACCHI
  • SUR UNE IDÉE DE : JEAN FRYDMAN
  • DIFFUSION : EUROPE 1
  • PÉRIODICITÉ : HEBDOMADAIRE
  • LA DERNIERE : 1969
  • MAGAZINE PRESSE : DE 1962 A 2006
  • PÉRIODICITÉ : MENUEL, BIMESTRIEL

Vidéos SALUT LES COPAINS

Naissance d'un phénomène social

1959

Lundi 19 octobre 1959. 17h06. Nous sommes Europe numéro 1, 1647 mètres, grandes ondes. Les dernières notes de l’indicatif, Rat Race, interprété par le Big band de Count Basie viennent de s’éteindre, quand Daniel Filipacchi ouvre son micro… Il est loin de se douter que cette première émission, qui ne dure alors qu’une demi-heure, va donner le coup d’envoi de ce qui deviendra un véritable phénomène générationnel. Salut les copains vient de naître.


Personne n’aurait osé imaginer que cette émission connaîtrait un tel engouement. La France ronronne. Le général de Gaulle est au pouvoir, il a instauré la Ve république et Michel Debré est son Premier Ministre. Nous sommes aux balbutiements du Marché commun. Federico Bahamontes a remporté le Tour de France et le XV de France a gagné le tournoi des Cinq Nations. La télévision vient de lancer Cinq colonnes à la une. Sidney Bechet (en mai) Boris Vian (en juin) et Billie Holiday (en juillet) nous ont quittés. Gérard Philipe disparaitra en novembre.


Pourtant, alors que les années 1960 se profilent, quelques frémissements notables commencent à se faire sentir, annonciateurs d’un changement de société radial qui viendra asseoir ses fondations en mai 1968. Nous sommes, sans en être alors conscients, au beau milieu des Trente Glorieuses. Au cinéma, c’est l’évènement de la Nouvelle Vague. François Truffaut fait Les quatre cents coups, un film dont le jeune héros est Antoine Doinel, un garçon de 12 ans qu’incarne Jean-Pierre Léaud.


Le magazine Pilote parait le 29 octobre, révolutionnant l’univers de la Bande Dessinée jusque-là occupé par les gentillets Spirou et Tintin.


Et il faut tenir compte, en cet automne 1959, d’une donnée extrêmement importante : ceux que l’on a baptisés les « Baby-boomers », c’est-à-dire les enfants nés à la fin de la guerre et juste après, ont entre 14 et 17 ans. Ils sont nombreux et bouillonnent d’énergie. Or, depuis le 6 janvier de cet année-là, la scolarité est désormais obligatoire jusqu’à 16 ans. Cela n’est pas anodin : que vont-ils faire, ces ados, à la sortie des cours ? Ils vont rentrer chez eux pour faire leurs devoirs… en écoutant la radio. Et autour de quelle émission vont-ils se fédérer ? Salut Les Copains !


Pourquoi ? Les raisons sont multiples. D’abord, c’est la première fois qu’on leur consacre une émission. Ensuite, le ton adopté n’est pas bêtifiant. Tout en les tutoyant, on s’adresse à eux comme à de jeunes adultes. Aux Etats-Unis les ados sont catalogués teenagers, en France, ils vont devenir des « copains ». Pourtant, ce phénomène ne va durer véritablement qu’une dizaine d’années. Malgré tout, plus d’un demi-siècle après, cette émission de radio et le magazine éponyme qui s’y est rattaché sont encore gravés dans les mémoires de tous ceux et celles qui ont vécu cette époque à la fois tendre et ô combien effervescente.


Anecdote amusante, Georges Pompidou, alors chef du gouvernement, ne voyait guère d’un bon œil l’émission. Il s’en était ainsi pris nommément à Daniel Filipacchi à la tribune de l’Assemblée Nationale, lui reprochant d’empêcher les petits Français de travailler à l’heure où ils étaient censés faire leurs devoirs… Incroyable, non ?


Flash-back… En 1959, Europe numéro 1 est encore une toute jeune radio. Née le 1er janvier 1955, elle n’a pas encore cinq ans d’existence. La station est dirigée par Louis Merlin. Maurice Siegel en est le directeur de l’information. La programmation musicale est confiée à un binôme composé de Pierre Delanoë, parolier à succès, et de Lucien Morisse. C’est surtout ce dernier qui a marqué la station de son empreinte en lui donnant un ton résolument moderne, populaire et vivant. Ancien discothécaire, animateur de l’émission Discobole, il a eu la judicieuse idée d’importer en France le principe de la playlist, devenant ainsi le tout premier à lancer le concept du « tube » grâce à la multidiffusion…


Cet été-là, Lucien Morisse a mis à l’antenne le jeudi après-midi (un jour sans école à cette époque) une émission consacrée au rock’n’roll. Elle est animée par une certaine Suzy, une jeune Américaine de 17 ans, qui présente les disques en tentant de faire intervenir son chat. Mais le ton n’y est pas, et l’émission, à l’instar du félin, ronronne gentiment. Lucien Morisse décide alors de trouver une autre formule, plus tonique. Il songe alors à deux animateurs maison, Frank Ténot et Daniel Filipacchi, qui connaissaient un énorme succès depuis le printemps 1955 avec leur émission Pour ceux qui aiment le jass, diffusée tous les soirs de la semaine….


17 heures tous les après-midis, le créneau est stratégique. La cible est précise : il faut toucher les lycéens et les collégiens qui sortent des cours. Si Frank Ténot, passionné de jazz pur et dur, n’a pas tout à fait le profil et ne se sent pas attiré par le projet, e revanche Lucien Morisse est convaincu que Daniel Filipacchi est l’homme de la situation. Effectivement, celui-ci, fervent amateur de musique américaine en général, effectue de nombreux voyages aux Etats-Unis. Il est parfaitement au courant de ce qui se passe de neuf outre-Atlantique. Il accepte de relever le défi à condition d’être le producteur de l’émission et d’en être ainsi le seul patron. Lucien Morisse et lui tombent d’accord sur son titre : ce sera Salut les copains, d’après une chanson enregistrée en 1957 par Gilbert Bécaud sur un texte de Pierre Delanoë.

Daniel FILIPACCHI

Son père, d'origine italienne, vivait en Turquie à Smyrne, avant de venir en France en 1922 où il travaille pour la société Hachette.


Daniel Filipacchi était écolier au moment où la Seconde Guerre mondiale vint interrompre ses études. Autodidacte, il n’est jamais retourné à l’école et à l’âge de 13 ans il est devenu apprenti typographe dans une imprimerie spécialisée dans les publications clandestines. Il a travaillé, entre autres, sur la composition de poèmes de Paul Éluard.


À la fin de la guerre, s’intéressant à la photographie, il travaille comme pigiste pour des magazines et notamment Paris Match.


En février 1950 il photographie André Gide rue Vaneau. (Paris Match n°51).


Expert reconnu en jazz, on lui propose, le jour de la mort de Charlie Parker en 1955, d’animer une émission de radio en son honneur. Le succès est immédiat, et il animera, avec son ami Frank Ténot, une émission quotidienne de jazz, Pour ceux qui aiment le Jazz, sur Europe n° 1. À la suite de cette réussite, il rachète Jazz Magazine, posant la première pierre à ce qui deviendra un empire d’édition.


Daniel Filipacchi et Frank Ténot organisent les tournées européennes de tous les grands musiciens de jazz comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Charlie Parker, Ella Fitzgerald, Erroll Garner, Thelonious Monk et Mahalia Jackson. À cette époque, Filipacchi est producteur de disque pour RCA Records et Decca (Sylvie Vartan, Chantal Goya, Jean Ferrat, etc). Avec son complice Frank Ténot, il s'est même essayé comme parolier. Ils ont écrit ensemble un texte dont l'auteur est « officiellement » un certain Frank Daniel, intitulé Count Basie et chanté par Henri Salvador sur un air, justement, de Count Basie : Lil' Darlin', puis l'adaptation « officiellement » d'un certain Dan Frank de la fameuse Panne d'essence pour Sylvie Vartan.


Il abandonne Pour ceux qui aiment le jazz, quelques années plus tard et, en 1959, il crée une émission de radio destiné aux teenagers consacrée au rock 'n' roll, Salut les Copains, sur Europe 1, inspiré d’une émission américaine, qu'il va animer jusqu'en 1968.


Après avoir fondé Mood Records, il fonde et préside la Warner France en 1970.


Le succès de Salut les copains l'amène, en juillet 1962, à créer un magazine du même nom, dont le tirage atteint rapidement un million d’exemplaires.


Daniel Filipacchi a, par la suite, lancé et acquis de nouveaux magazines. Certains destinés aux jeunes filles (comme Mademoiselle Age Tendre), d’autres ciblent les hommes (Lui, Union, Newlook et les éditions françaises de Playboy et Penthouse), d’autres encore sont spécialisés comme Photo, Son Magazine, Ski Flash Magazine, Mer et Moteur, Décoration, Cuisine.


En 1976, Filipacchi rachète Paris Match, alors que le titre est en difficulté, et en fait l’un des magazines français les plus rentables et les plus influents.


En 1981, avec son ami Jean-Luc Lagardère, Daniel Filipacchi rachète le groupe Hachette Magazines, qui comprend plusieurs titres comme Télé 7 Jours ou ELLE, à l’époque sur le déclin. Par la suite, ELLE a été lancée aux États-Unis, suivi par 25 éditions étrangères. Filipacchi et Lagardère ont poursuivi l’expansion de Hachette Filipacchi magazines aux États-Unis avec le rachat de Diamandis Communications, Inc. (anciennement CBS magazines), avec des titres tels que Woman’s Day, Car and Driver, Road and Track, Flying, Boating entre autres.


Depuis de nombreuses années, Daniel Filipacchi figure sur la liste des plus grands collectionneurs d’art dans le monde publié par le journal ARTnews. Une exposition de sa collection et de celle de son ami Nesuhi Ertegün a été présentée en 1999 au musée Guggenheim à New York. Cet événement, intitulé « Surrealism: Two Private Eyes, the Nesuhi Ertegun and Daniel Filipacchi Collections », a été décrit par le New York Times comme « a gourmet banquet », suffisamment grand « pour remplir le musée Guggenheim du hall au plafond avec une formidable exposition. ». En 2008, il prête les collages originaux de la série Une semaine de bonté (1934) créée par Max Ernst, qui n'avaient plus été présentés au public depuis 1936, pour une exposition dirigée par Werner Spies et passant par plusieurs grandes villes d'Europe, dont le musée d'Orsay à Paris.


En 2012, il publie ses mémoires sous le titre Ceci n'est pas une autobiographie (Bernard Fixot, éditeur).


Daniel Filipacchi a eu trois enfants, dont l'écrivaine américaine Amanda Filipacchi.