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Le mythe de la série | Terra Reporter
Les mystérieuses cités d'or | Terra Reporter

Les Mystérieuses Cités d’or (« Esteban, l’enfant du Soleil ») est une série télévisée d’animation franco-japonaise en 39 épisodes de 28 minutes, diffusée initialement sur la chaîne NHK au Japon à partir du 29 juin 1982, en France à partir du 28 septembre 1983 dans Récré A2 sur Antenne 2, et au Québec à partir du 22 septembre 1984 à la Télévision de Radio-Canada. La série est librement adaptée du roman La Route de l'or (The King's Fifth, 1966) de Scott O'Dell, une fiction historique qui met en scène la découverte de l'Amérique. En 2012, soit trente ans plus tard, une nouvelle série, basée sur celle de 1982 est produite. Bien qu'issue d'une équipe de production totalement différente, elle reprend l'histoire là où la série originale s'arrêtait et est nommée Les Mystérieuses Cités d'or.

Prologue

1977, le livre de Scott O’Dell arrive au Japon. Il romance le mythe des Cités d’or et opère ainsi un transfert de la réalité vers la fiction. L’ouvrage va connaitre une seconde vie en servant de base littéraire à une œuvre télévisuelle promise à un destin exceptionnel.


Un jour de 1978, alors qu’il entre dans la librairie Yaesu Book Center (qui existe encore aujourd’hui), au centre de Tokyo, Mitsuru Kaneko, président de la société de production MK, est attiré par un livre intitulé Ogon no nanatsu no toshi (« Les sept cités d’or »), la version japonaise de The King’s Fifth. Le titre le fascine et dès qu’il à lu le roman, i décide d’en proposer une adaptation à N.H.K. Il se souvient : « Plusieurs choses m’ont attiré : le personnage principal était un garçon, l’histoire se passait en Amérique du Sud. » A cet époque, Kaneko est en pleine production de l’animé semi-documentaire Marco Polo, en collaboration avec le producteur de l’unité de programme jeunesse de NHK, Yasuhiko Tan. Celui-ci prépare alors une série documentaire sur la culture sud-américaine. Kaneko lui propose que le projet soit non seulement un documentaire, mais avec de l’animation et une histoire de fiction, comme Marco Polo. Or, Tan n’est pas le seul décideur, et la route s’annonce longue et difficile. Kenako reprend : « NHK a ignoré ma proposition pendant environ un an, puis y a finalement jeté un coup d’œil, après avoir refusé des dizaines de projets candidats. A la condition que j’entre en contact avec l’auteur du livre et obtienne son accord pour changer l’histoire. Le groupe vouait le titre, mais pas le récit qui n’avait aucune solution avec le Japon. J’ai donc rencontré Scott O’Dell à New York et il a accepté qu’on s’inspire du livre et qu’on modifie l’histoire tant que j’était en charge du changement. Il m’a même suggéré qu’Estéban soit Japonais. » NHK cherche ainsi une excuse culturelle, gage de sérieux vis-à-vis de tous ses partenaires, comme c’était le cas pour chacune des séries produites jusqu’ici. La chaine accepte donc de développer le projet de Kaneko, car il détient un contrat signé de Scott O’Dell l’autorisant à utiliser son livre comme source d’inspiration libre.

Le début du voyage

Durant cette période, Kaneko termine Marco Polo et enchaîne sur Belle et Sébastien. Dès qu’il à fini cette série, il s’attelle à son nouveau projet qu’il baptise Nazo no Ogon toshi (Les mystérieuses cités d’or). Pour débuter le récit et le rattacher au Japon, il reprend un concept original de Tan. « Yasuhiko voulait de grands noms pour la réalisation de la série, comme Scott O’Dell ou Akira Hayasaka. Ce dernier était l’un es meilleurs scénaristes de fiction pour la télévision au Japon et un ami de Tan. Il avait eu l’idée d’un enfant rescapé du naufrage d’un navire. Cet enfant s’appelait Yan-Jiro, Hayasaka avait écrit une ébauche d’intrigue pour Yan-Jiro et dit à Tan qu’il pouvait l’utiliser de n’importe quelle manière. Celui-ci m’avait alors demandé d’imaginer une longue intrigue à partir de ce naufrage, ce que j’ai fait », relate Kaneko. Il réfléchit alors à une première ébauche de son concept : « Mon premier projet expliquait pourquoi un Japonais et son bébé se trouvaient à bord d’un navire chinois. Yan-Jiro était désormais le père du petit Estéban et avait fait promettre à Mendoza de sauver le petit du naufrage. C’étaient des otages qui connaissaient l’emplacement d’une des cités perdues dans a Pacifique ».


En prenant cette trame comme point de départ, Kaneko plante le décor de l’intrigue qu’il a en tête.  Comme tous els enfants japonais connaissent l’histoire de leur pays, Kaneko cherche à situer l’action autour d’une ancienne civilisation étrangère qui leur serait inconnue. NHK voulait une série de portée internationale, un concept inspiré du livre de O’Dell, mettant en scène les Incas, les Mayas et les Aztèques aux cultures lointaines et riches pourrait donc convenir à la chaine. Il envisage de placer le point de départ de l’aventure en Espagne, car ce pays est lié à ces civilisations. En revanche, le port de Séville, d’où partaient les Conquistadors espagnols au XVIème siècle, ne lui convient pas, car étant en bordure d’un fleuve, il est situé trop à l’intérieur des Terres, Kaneko cherche alors un port à proximité de la mer et songe d’abord à Lisbonne. Mais à cette époque, le Portugal entretenait des échanges avec le Japon. Comme Estéban était censé être japonais, il aurait été facile pour les Portugais de le ramener au Japon, au lieu de l’Amérique du Sud. Kaneko opte alors pour Pampelune, qui sera corrigé plus tard en Barcelone.

Du réalisme au fantastique

Pour développer le projet, Kaneko fait des recherches avec l’aide de l’équipe documentaire de NHK, dans les bibliothèques universitaires et ses livres personnels. En effet, il possède un fonds personnel constitué depuis longtemps. Il se rappelle ses années d’études : « J’ai voyagé en Amérique du Sud où j’ai été impressionné et fasciné par l’histoire de ces pays. J’ai étudié l’anthropologie à l’université du Mexique au cour de l’été 1964. Il y avait bien assez de matériel là-bas. » Il prend également conseil auprès de ses amis scénaristes. Ainsi, un troisième enfant accompagne Estéban et Zia, pour les raisons suivantes, d’après Kaneko : « Nous avions besoin d’un autre garçon capable d’accomplir aisément des choses difficiles, contrairement à Estéban, pour qui rien n’était facile. Ce ne pouvait être un enfant ordinaire instruit, car il venait d’une civilisation totalement différente. Avec lui, nous avions la possibilité d’intégrer des éléments de science-fiction. »  En effet, le producteur souhaite ajouter au récit une part de science-fiction, très en vogue en cette période post- Star Wars. Les séries pures S.F. étant légion, il n’est pas question d’en réaliser une de plus, mais plutôt de concevoir quelque chose de totalement différent. Kaneko lit les écrits de James Churchward sur la civilisation disparue de Mu et y trouve le nom du troisième enfant : Lao, en référence à Lao-Tseu, célèbre sage fondateur de la philosophie taoïste. Mais comme il ne reste aucune preuve tangible de l’existence de cet empire disparu, tout est possible. Ainsi, Kaneko pose les fondements de ce qui sera la leitmotiv tout au long de la production de la série, aussi bien pour l’écriture que pour le graphisme : « S’inspirer de la réalité, mais créer notre propre monde. » Encore faut-il que ce concept soit accepté par le diffuseur ! « Nous avions des doutes quant à l’acceptation de notre idée de base par les dirigeants et producteurs de la NHK, se remémore Kaneko, mais ces derniers nous encouragèrent à garder notre esprit créatif. Nous avons donc laissé libre cours à cette imagination. »


C’est ainsi que Lao se retrouve à construire un « radeau à deux étages » bien pratique pour rejoindre le Nouveau monde. Ce n’est pas encore le navire de l’empire de Mu, qui apparaîtra bien plus tard avec la participation française, mais Kaneko nous explique le processus général de création de ces machines : « De nombreuses séries de science-fiction présentent des anachronismes dans l’utilisation des véhicules et autres gadgets. Nous avons pensés que de tels engins auraient pu avoir leur place au sein de ces civilisations. D’un autre côté, il ne sont pas là uniquement dans un but artistique, mais aussi pratique, dans le sen où Estéban et ses amis voyagent sur de très longues distances. » Yoshikawa suggère n véhicule volant inspiré sans doute du condor en or de l’animé Pepero. Son expérience sur ce titre lui a apporté ne certaine connaissance de l’Amérique du Sud qui se révèle fort utile, et quelques idées intéressantes sont ainsi reprises et développées. Au final, la première ébauche de la série intègre d’une part l’aventure agrémentée d’un soupçon de fantastique, avec le voyage d’hommes qui partent à la découverte de terre inconnues, et d’autre part la psychologie, à travers la soif de l’être humain pour les richesses et les mystères. Ce projet ne convient pourtant pas à NHK.


La chaine japonaise donne son feu vert à la production documentaire. Pour cela, des équipes de reporters partent aux quatre coins du monde. Nous suivrons cela dans un prochain article. De son côté, ayant posé les bases de la fiction qu’il envisage, Kaneko cherche un dessinateur pour développer graphiquement son concept et convaincre NHK de le produire. On organise alors un casting de dessinateurs pour élaborer les premiers dessins d’Estéban et de ses amis.

Les mystérieuses cités d'or

29

JUIN

1982