Les pionniers du journal télévisé - Deuxième partie
Acilion et sa bande





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Pionniers du journal TV

Deuxième partie

Acilion et

sa bande

En 1976, le studio 3, au quatrième étage de la rue Cognacq Jay, est devenu, le mercredi après-midi, depuis le 1er septembre, le royaume des enfants. T.F.1 y tourne en direct « Les visiteurs du Mercredi ». Au milieu d’une ébauche de cubes de carton laqués de couleur vive, de paravents joyeusement décorés, Christophe Izard, le « père » de l’émission depuis plus d’un an, explique : « Cette année, je ne veux pas d’un plateau où la vie est figée. » Dans le fond, les collines de mousse représentent à la fois le coin jeu et le défouloir pour les enfants qui ne sont pas momentanément intéressés à une séquence. A côté, une planche sur deux tréteaux invite au travail. On y dépouille le courrier, on y sélectionne les meilleures idées de jeu envoyées par les téléspectateurs, on y discute, on y lit. A côté, voici le coin cuisine, un vrai petit décor de ferme rustique où les enfants trouvent jus de fruits et tartines et même un poste de télévision, sur lequel ils peuvent suivent le programme de leur après-midi. « Pendant toute l’émission, qui se déroule en direct, ce sera aux animateurs de se déplacer vers les jeunes amis, occupés à différentes activités. Peu m’importe que les caméras soient ou non dans le champ. »

  

Les visiteurs du Mercredi

« L’île aux enfants », diffusée sur T.F.1 une semaine sur deux en alternance avec « 1, rue Sésame », vise des objectifs éducatifs et sociaux très précis. Il s’agit d’aider les enfants qui quittent l’univers sécurisant de la maternelle, à aborder l’école, parfois inquiétante. D’où la création d’un lieu rassurant et l’invention du monstre adoré des enfants : Casimir. Casimir n’a ni parents, ni frères et sœurs, ni grands-parents ! Personne n’est marié dans « l’île aux enfants ». Aucun lien familial n’est évoqué pour ne pas chagriner ceux qui en sont privés. « C’est surtout à ceux-là que nous avons cherché à être utile, précise Christophe Izard, et si Casimir est un dinosaure, c’est pour refuser l’équation, beau égale gentil, laid égale méchant. Nous avons voulu créer des personnages amusants plutôt que séduisants. »

L'île aux enfants

Les deux vedettes sidérales Brok et Chnok atterrissent en janvier 1975, tout juste sorties de leur soucoupe volante, sur le plateau de Christophe Izard, responsable des programmes jeunesse sur T.F.1. C’est aussi li qui a imaginé, en 1973, Casimir le dinosaure de 2 mètres 10 de haut, entièrement sculpté dans la mousse et réalisé par Yves Brunier. Son costume orange à pois renferme un harnachement digne de la Nasa. Une mentonnière articulée bouge en même temps que la mâchoire du comédien, qui ne peut voir que par le trou des narines du monstre. Il fait si chaud qu’on ne peut pas rester plus de vingt minutes dans cette combinaison de Jersey. Pendant ses huit ans d’existence, plus de 80% des enfants connaissaient et « adoraient » Casimir.

Brok et Chnok

La piste aux étoiles

« Le jour où je demandai la présence des fauves sur le plateau de « La piste aux étoiles » à Cognacq Jay, toute la R.T.F hurla d’horreur. Pour la première de la « Piste », raconte Gilles Margaratis, on m’accorda quand même un cheval. J’arrivai à le faire monter, sans trop d’encombres, jusqu’au studio. Mais, à la fin de l’émission, il refusa résolument de redescendre. Il dégringola finalement les escalier ventre à terre après que je l’eus vigoureusement poussé (Note de Encyclopedia Humanis : Pratique totalement scandaleuse !). Nous l’avons rattrapé très loin dans la rue… Ces aventures ne me découragèrent en rien, je décidai même de me consacrer entièrement au cirque. J’avais été clown longtemps, je m’entendais très bien avec les gens du voyage ». La « Piste » émigra au Moulin de la Galette en 1954, mais les fauves attendaient d’entrer en scène enfermés dans les cuisines, faute de place. Madrano, puis le Cirque d’Hiver accueillirent « La Piste », qui s’arrêta avec la mort de son producteur, en 1965, pour reprendre sept ans plus tard, grâce à sa femme Hélène Margaratis.

Le grand Club

En 1965, Jean NOHAIN, Gabrielle SAINDERICHIN et Gilbert RICHARD lancent, un jeudi sur deux, à 16h30 « Le grand club ». Première émission de plateau pour les enfants, elle leur offre une rubrique intitulée « J’ai 10 ans », où des enfants interviewent des personnalités (Bécaud, Chevalier, Jazy, Chaban-Delmas). Un artiste invité, chanteur, compositeur (Distel, Auffray…) met en musique une chanson écrite par un enfant. Quand un enfant demandait à Jean Nohain t faire pour être animateur, il répondait : « Moi, j’ai commencé par être avocat. Un jour, j’en ai eu assez de défendre les gens qui avaient tué ou violé. J’ai préféré défendre les gens qui chantent. »

A partir de 1973, « les mercredis de la jeunesse », sur Antenne 2, proposent « un spectacle télévisé qui devra être, selon la directrice du service jeunesse, Jacqueline Joubert, une fête, une information, un divertissement et une initiation, tous ensemble et successivement ». Le mercredi après-midi sont diffusés courts-métrages, documentaires, sujets de vulgarisation scientifique (confié à un professeur de mathématiques également journaliste, Michel Chevalet), et initiation aux arts : musique, dessin, sculpture, cinéma… « Je veux faire pour les jeunes une télévision sans hypocrisie, annonce Jacqueline Joubert, susceptible d’aborder tous les domaines, même les plus délicats. Il faut inciter les enfants à jouer mais aussi leur apprendre les choses de la vie sans qu’ils s’en aperçoivent. »


Une jeune femme, ancien professeur de Latin-grec dans un collège parisien, Agnès Vincent, devient l’adjointe de Jacqueline Joubert pour « Récré A2 » et imagine toutes sortes d’émissions informatives dont « Je veux être toi », où les enfants, pour découvrir une profession, vont à l’hôpital voir opérer un chirurgien, sur un champ de course voir courir un Jockey, tout en posant leurs questions.

Récré A2